Yann LeCun, prix Turing, professeur à NYU, celui qu'on appelle le « parrain de l'IA », a quitté Meta fin 2025 pour fonder AMI Labs... et dans son entretien au Figaro en juin 2026, il a dit une phrase qui mérite qu'on s'y arrête longtemps, parce qu'elle décrit quelque chose de beaucoup plus profond que ce que la plupart des gens en ont retenu :

« Les modèles de fondation vont devenir une infrastructure de la société de l'information. »

Une infrastructure. Comme l'électricité, comme le téléphone, comme l'eau courante. Et quand je lis ça, ça me fait penser à quelque chose : quand l'électricité est devenue une infrastructure, qu'est-ce qu'on a fait ? Et bien on a créé des service publics, on a créé des régulateurs, on a créé des garanties d'accès... on n'a pas laissé un oligopole privé la contrôler et la facturer à l'usage. Pourtant, c'est exactement ce qu'on est en train de faire avec l'IA : on laisse trois entreprises américaines contrôler l'infrastructure informationnelle de demain, et on paie à l'usage, à chaque token, à chaque requête.

L'open source, selon LeCun

Et LeCun sur l'open source, il est assez clair, il ne mâche pas ses mots : « OpenAI n'a jamais été open. Anthropic est très secret. Google s'est fermé comme une huître. Meta en prend le chemin, et c'est une des raisons qui m'ont fait quitter le groupe. » Et bien voilà, le parrain de l'IA quitte la plus grande entreprise de réseaux sociaux au monde parce qu'elle ferme son code, et il le dit publiquement, sans détour. Ça devrait faire réfléchir.

Il aide maintenant le projet Tapestry, porté par l'AI Alliance, une organisation de promotion de l'IA open source. L'idée, c'est de fédérer les efforts partout dans le monde pour entraîner un modèle de fondation qui serait un dépositaire de toute la connaissance humaine, et qui serait ouvert, gratuit, souverain. Et bien moi, quand je lis ça, je me dis que c'est exactement ce que je défends avec mes clients : le modèle est gratuit, ce qu'on paie c'est le service, l'intégration, l'accompagnement, pas le modèle lui-même.

L'IA comme l'imprimerie

Mais la phrase qui m'a le plus touché, c'est celle-ci : « l'IA est un moyen de dissémination de la culture et du savoir, un peu comme l'imprimerie a permis le siècle des Lumières. Si on restreint l'accès de l'IA à un petit nombre, on se met des bâtons dans les roues. » L'imprimerie... le siècle des Lumières. Et bien quand on pense à l'IA en ces termes, la question de l'open source prend une dimension qui dépasse largement le débat technique, c'est une question de civilisation, presque.

Et LeCun d'ajouter quelque chose qui rejoint mes préoccupations quotidiennes : il dit que si toute notre information passe par des assistants IA, et que ces assistants ne proviennent que d'une poignée d'entreprises de la côte ouest des États-Unis ou de Chine, et bien ça sera très dangereux pour la culture, la langue, la démocratie, et la diversité des opinions politiques. Les modèles de fondation deviennent une infrastructure de la société de l'information, et la question de savoir à qui appartient cette infrastructure devient une question politique fondamentale.

L'open source n'est pas une idéologie de développeurs... c'est la condition technique pour que l'infrastructure informationnelle ne soit pas privatisée de bout en bout. Et si vous voulez savoir comment ça se met en place concrètement, avec Ollama, sur un Mac ou un serveur, et bien c'est exactement ce que je fais avec les entreprises qui viennent me voir.