La Digital Detox débarque : “Ca va couper chérie !”

“Attention chérie, ça va couper !” Cette phrase culte de la Cité de la Peur était prémonitoire à l’heure de la Digital Detox.  Aujourd’hui, vous ne pouvez pas lâcher votre smartphone même pendant un diner entre amis ? A la plage, vous aviez un oeil sur vos enfants et l’autre sur l’écran ? Vous faites partie des accros au numérique. Mais quand cet ensemble de manies devient trop envahissant, il est temps de penser à la Digital Detox, cette déconnexion qui fera surement beaucoup de bien à la plupart d’entre nous.

[dropcap]D[/dropcap]igital Detox, ou désintoxication du numérique. Rien de moins. Le mot est dit, et pour certains il fait plutôt mal. Aveu à peine dissimulé d’une compulsion frénétique de smartphonite, la Digital Detox, ou déconnexion volontaire, est la meilleure parade pour se recentrer sans être perturbé par des messages incessants. En France, 74 % des Français avouent ne pas sortir de chez eux sans leur smartphone*, 51 % des cadres consultent leurs e-mails au lit** et que près de sept salariés sur dix affirment être sollicités par leur entreprise en dehors des horaires de bureau***. Comme vous pouvez le constater, la drogue est dure !

Aux USA, cela fait deux ans que l’on commence à voir apparaître le terme de Digital Dextox. les prémices de cette mode, cette envie soudaine – et parfois prolongée – de déconnecter. Dans certains restaurants californiens, les propriétaires sont tellement horripilés de voir les clients attachés à leur smartphone, coupant tout lien social, qu’ils en sont venus à proposer des réductions sur l’addition à ceux qui ne toucheraient pas leur téléphone de tout le repas. Vous n’y croyez pas ? C’est pourtant vrai ! Et cela pourrait être le début d’un véritable mouvement de fond, d’un ras le bol d’une partie de la population, pour la dépendance totale aux technologies, d’une part, et la cassure de lien social de l’autre.

Vous pourriez vous dire que je me tire une balle dans le pied en écrivant un tel article, moi même féru de nouvelles technologies, sur un blog traitant justement de celles-ci. Mais vous auriez tort : il incombe à chacun de savoir prendre de la hauteur dans son travail, et de savoir également en cerner les limites plus rapidement que les autres. Et en ce qui concerne la Digital Detox, elle fait clairement partie des tendances de 2014-2015. Quoi de plus normal, d’un côté, que de vouloir se retrouver soi-même, ou avec les autres, sans aucune interférence, e-mail, coup de fil ou autres alertes push incessantes ? Aujourd’hui, ça en deviendrait presque un luxe.

De la passion à l’exaspération

Digital DetoxIl est vrai qu’au début, tout semblait merveilleux dans le meilleur des mondes. Un téléphone portable servait à téléphoner, puis peu à peu à communiquer par écrit, et, au fil des années, le smartphone, passionnant au premier égard, est devenu notre seconde peau, régissant toute notre vie sociale. A tel point que j’ai déjà entendu plusieurs fois, en demandant des nouvelles de quelqu’un : “il va super bien, j’ai vu les photos de ses dernières vacances sur Facebook, mais ça fait 6 mois que je ne l’ai pas revu…” Et ce n’est pas un cas isolé. Les anecdotes se multiplient en ce sens, au point d’effacer la seule notion d’échange en face à face, peut être désuète dans les prochaines années ? A l’heure où l’on parle d’économie de l’attention, on perçoit de plus en plus de signes d’agacement en société, de personnes coupant la parole à d’autres au prétexte que le smartphone se met à sonner. Si les brouilleurs de téléphones sont plutôt réservés aux prisons, des gérants de lieux tels que des cinémas se sont longtemps demandé s’il n’y aurait pas une raison d’en placer aussi chez eux – et ce, bien avant l’arrivée des réseaux sociaux sur mobile.

[pullquote-left]”il va super bien, j’ai vu les photos de ses dernières vacances sur Facebook, mais ça fait 6 mois que je ne l’ai pas revu…”[/pullquote-left]

Exemple édifiant : prenez le métro, et comptez combien de personnes sont scotchées à leur téléphone, jouant pêle mêle à Candy Crush, 2048 ou envoyant frénétiquement des sms. Vous voulez poser une question ? Vous dérangez la personne dans sa bulle, dans laquelle règne son smartphone. Certains n’hésitent pas à dire qu’ils sont “carrément à poil” sans leur smartphone. Quel chemin parcouru… Nous sommes donc passé d’un émerveillement de ces technologies à un trop plein, un agacement palpable, le paradoxe étant que les personnes sont déconnectées de tout… sauf de leur smartphone.

On débranche tout, et même les marques s’y mettent

Je parlais de cinéma en début d’article, mais pensons aussi à France Gall, qui avait chanté le prémonitoire “Débranche” en 1984, dont les paroles étaient “Débranche, débranche tout, revenons à nous…” Etonnant, n’est-ce pas ? Si la Digital Detox peut faire du bien en vacances, elle est également en train de changer les comportements quotidiens. Les patrons les plus à cran et excédés par le FOMO (fear of missing out, l’angoisse de rater un évènement important) ne se privent pas pour harceler certains de leurs employés en dehors des heures auxquelles ils sont tenus de répondre. Et peu à peu, les mentalités changent, et pour certains cadres, la peur bleue de rater un évènement majeur laisse la place à une déconnexion maitrisée. Qui dit tendance de fond grandissante, dit forcément récupération du Digital Detox par les marques, dans un délai rapide… et ça n’a pas raté.

A l’international, KitKat a lancé l’offensive Digital Detox, notamment en Hollande où les premières zones “sans WiFi” sont apparues, avec desNoWiFi-KitKat “trous” d’ondes radios d’environ 5 mètres. De quoi évidemment se distraire plus facilement et aller reprendre une sucrerie… Le brasseur Amstel a fait un coup similaire en Bulgarie, mais il y va encore plus fort : les participants peuvent déposer leur smartphone dans un casier, et avec l’échange de la clé est remis un coupon afin de consommer une bière. Vous l’aurez bien compris, à chaque tendance de fond correspond souvent une opportunité marketing, un moyen de se différencier pour les marques, toujours plus friandes de pouvoir anticiper les tendances.

En France, de manière pour l’instant plus discrète, certains comme le Château de la Gravière proposent déjà des stages “digital detox” : à l’arrivée, on vous confisque tout et on met vos appareils dans un coffre, que vous ne récupèrerez qu’à la fin. A vous la liberté de vous retrouver seul, ou à deux, pour partager de vrais moments de complicité et éviter ainsi d’être grossier en sortant votre téléphone alors que vous êtes au milieu d’une conversation sérieuse…

Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette tendance dans les prochains mois : je ne vois pas ce qui pourrait la faire partir à la baisse, bien au contraire. Nous pourrons donc voir quelles marques souhaitent s’accaparer cette thématique et quelles sont les stratégies qu’elles mettront au point. Et vous, avez vous fait un break récemment pour vous déconnecter ? Avez vous réussi ou craqué au bout de quelques heures ?

*Etude réalisée par Ipsos pour Google en 2013
**Etude réalisée par Roambi et Zebaz en 2013
***Enquête Edenred-Ipsos publiée en 2014

2 Responses

  1. Lustemberger dit :

    Bonjour

    Article intéressant. Notre dépendance au numérique devient un vrai probleme humanitaire.
    Cependant avec cette nouvelle mode, des pseudo consultants arrivent avec des programmes de detox digital avec de la pleine conscience , du zen et du yoga….
    Le danger ? Des groseses arnaques arrivent avec ces amateurs opportunistes de la formation et du conseil. Les arnaques commencent deja…danger
    D accord pour la problématique mais danger avec les stages…

  2. davidao dit :

    Ah je crois que c’est le bon endroit pour parler de mon initiative 🙂 En fait j’ai créé La pause digitale, une newsletter qui offre chaque mercredi un conseil utile pour mieux organiser et apprécier ses moments de déconnexion. Jérôme, vous êtes le bienvenu 🙂 http://www.la-pause-digitale.org/

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